21 août 2025
Lyzane Bissonnette
Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir
Bonjour, je me nomme Lyzane Bissonnette et j’ai reçu le diagnostic d’un myélome multiple à l’âge de 43 ans. Mariée, mère de deux garçons, enseignante au primaire et ex-militaire réserviste, j’étais une femme active qui avait une vie bien remplie.
En septembre 2012, j’ai fait part à ma médecin de famille de mon état de fatigue récurrente, croyant qu’il s’agissait d’une séquelle d’une pneumonie que j’avais faite 6 mois auparavant. Inquiète, cette dernière m’a fait passer des tests sanguins. Quelques semaines plus tard, j’ai reçu un appel de l’hôpital pour me donner un rendez-vous en hématologie, sans qu’on me donne plus de détails. C’est une fois sur place, en observant les gens autour de moi et les affiches sur les babillards, que j’ai réalisé que j’étais assise dans une salle d’attente en oncologie! J’ai commencé à stresser et à avoir peur, car j’étais allée seule à ce rendez-vous, croyant que c’en était un de routine, mon conjoint Sébastien étant à l’extérieur de la province pour le travail.
J’ai été reçue par un hémato-oncologue qui m’a appris que j’avais un myélome multiple indolent qui pouvait s’activer à tout moment. J’étais sous le choc et j’aurais tellement aimé que Sébastien soit à mes côtés pour encaisser la nouvelle avec moi et pour assister aux explications du médecin! Ce dernier fut très empathique et il a pris le temps de m’expliquer ce qu’est le myélome, car je n’avais jamais entendu ce nom auparavant. Il m’a dit que mon myélome était indolent, ce qui voulait dire qu’il était en dormance et qu’il n’y avait rien à faire pour l’arrêter ou le ralentir mise à part avoir une bonne hygiène de vie (manger sainement, faire de l’activité physique, limiter et bien gérer le stress ainsi que d’avoir de bonnes nuits de sommeil).

[Photo : Demi-marathon de Montréal en septembre 2019 pour souligner mes 50 ans (7 mois avant que le myélome ne devienne actif)]
Dès que je suis sortie de l’hôpital, je me suis empressée de téléphoner à mon conjoint pour lui expliquer la situation qui fut un choc pour lui aussi. Il est important de mentionner qu’à l’automne 2012, mes fils étaient alors âgés de 7 et 9 ans. À ce moment-là, j’ai fait trois choix. Tout d’abord, j’ai décidé que je n’allais pas en parler à ma famille ni à mon entourage afin de ne pas les inquiéter inutilement. J’allais les mettre au courant seulement le jour où le myélome deviendrait actif. Cependant, comme j’avais besoin de support moral, je me suis confiée à 3 amis proches.
Ma deuxième décision fut de continuer à vivre pleinement en continuant d’avoir un régime de vie sain et le plus équilibré possible. J’ai choisi de ne pas attendre le réveil du myélome. La vie prend une tout autre saveur quand on a une épée de Damoclès au-dessus de notre tête. En dernier lieu, j’ai aussi décidé de prendre le taureau par les cornes et de m’informer afin de mieux connaître cette maladie en devenant membre de Myélome Canada, de l’International Myeloma Foundation (IMF) et en participant à de nombreuses conférences et webinaires.
Suite à mon diagnostic et à la biopsie, j’ai appris que je n’avais pas d’anomalies chromosomiques. J’ai eu des rendez-vous médicaux pendant plus de sept ans afin de surveiller son évolution. En mars 2020, au début de la pandémie, alors que mon conjoint était en déploiement à l’étranger, j’ai décidé de débuter mon entraînement printanier de course à pied avec mon fils Nathaniel, activité que l’on affectionne tous les deux. C’est alors qu’en l’espace de quelques semaines, j’ai commencé à éprouver des douleurs aiguës inhabituelles au dos, à avoir de la difficulté à marcher et même à dormir. J’ai aussi commencé à avoir des allergies saisonnières intenses, ce qui était nouveau pour moi. J’éternuais constamment, ce qui me causait de fortes douleurs aux côtes et au dos. J’ai contacté mon médecin de famille et mon oncologue et, en juin 2020, les tests sanguins ont démontré que le myélome était devenu actif. Les radiographies ont aussi confirmé que j’avais de nombreuses lésions osseuses au sein du bassin et de la colonne vertébrale. Même si je savais ce qu’était le myélome et que je connaissais les traitements novateurs, ce fut tout de même un choc de savoir que le myélome était entré en phase active, car pour la première fois, j’avais l’impression que le compteur était lancé, que le fameux décompte des « 10 ans d’espérance de vie moyenne » venait de débuter. Le désarroi était aussi lié au fait que mon conjoint était toujours à l’étranger et que son rapatriement au pays était difficile en raison de la pandémie et des vols qui étaient constamment annulés. De plus, à ce moment-là, mes enfants et mes amis me voyaient souffrir physiquement, mais j’attendais le retour au pays de Sébastien pour leur annoncer le diagnostic.
Ce fut au début de juillet 2020 qu’il est finalement revenu au bercail et le lendemain de son retour, j’ai annoncé la nouvelle à mes deux fils, Nathaniel et Florent, qui étaient respectivement âgés de 17 et 15 ans à ce moment-là. Une fois le choc encaissé, afin de dédramatiser la situation, je leur ai expliqué que le fameux « 10 ans » était une moyenne et que j’étais confiante que j’allais dépasser ce délai grâce à l’évolution de la recherche. De plus, je leur ai expliqué que 10 ans c’est assez long et que j’allais être encore là pour corriger leurs travaux scolaires, être témoin de leur début de carrière professionnelle et qu’ils n’avaient pas fini de m’avoir sur leur dos!
Dès lors, j’ai reçu un traitement de radiothérapie afin de réduire la douleur causée par une grande lésion osseuse dans mon bassin. Peu après, j’ai débuté mon traitement d’induction sous forme de trithérapie orale (Ninlaro, Revlimid et dexaméthasone) afin d’éviter de passer trop de temps à l’hôpital, pandémie oblige.

[Photo : Autogreffe – décembre 2020]
Entre temps, afin de trouver du soutien et du réconfort, je me suis jointe au groupe de soutien Myélome Rive-Sud et j’ai aussi participé à de nombreux ateliers offerts par la Fondation québécoise du cancer. Le myélome m’a permis de rencontrer des personnes exceptionnelles. Ainsi, je me suis liée d’amitié avec d’autres personnes atteintes de myélome ou d’un autre cancer et cela m’a fait beaucoup de bien de pouvoir échanger avec des gens qui vivaient la même chose que moi.
En décembre 2020, j’ai reçu une autogreffe de cellules souches en suivi externe à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Même si ce n’est pas une intervention anodine, la procédure s’est bien passée sans trop de complications. Tout près du 100e jour post-greffe, moment charnière pour celles et ceux qui reçoivent l’autogreffe afin de savoir si notre « pic M » (pic monoclonal) est à zéro, j’ai appris que l’autogreffe n’avait pas donné les résultats escomptés.
Malgré un rétablissement rapide, j’avais une réponse partielle, car mon pic monoclonal était à 5,7 soit exactement comme AVANT ma greffe. Pour la première fois depuis le début de la saga myélome, j’ai vécu du découragement et j’ai eu peur que ma fin arrive plus rapidement que prévue.

[Photo : 2 mois après mon autogreffe – février 2021]
Heureusement, quelques jours plus tard, lors d’un rendez-vous avec mon oncologue à mon centre hospitalier local, ce dernier m’a rassurée et redonné confiance en me disant qu’il était possible de reprendre le traitement de trithérapie utilisé avant la greffe en guise de traitement de consolidation puisque ce dernier avait donné de bons résultats.
Deux mois plus tard, j’ai appris que j’étais en rémission complète puisque le myélome était indétectable dans mes prises de sang et depuis, je prends du lénalidomide quotidiennement en guise de traitement de maintien. J’ai aussi des analyses sanguines et un suivi médical trimestriels, car on ne sait jamais quand la récidive va arriver. Cependant, j’espère que cela arrivera le plus loin possible dans le temps. C’est pourquoi je profite pleinement de la vie!
Depuis l’automne 2021, je suis coresponsable du groupe de soutien Myélome Rive-Sud afin de redonner au suivant, et d’organiser des activités de visibilité et de levées de fonds.
Je désirais m’impliquer afin de soutenir les patients et les proches aidants qui sont touchés par le myélome, de sensibiliser plus de gens à cette maladie incurable et d’amasser des fonds pour trouver une cure. C’est important pour moi de faire connaître le myélome au sein de la communauté afin de sensibiliser la population et les autorités face à cette maladie. Enseignante de profession, je suis aussi retournée enseigner en mai 2022, d’abord à temps partiel, puis à plein temps à la fin août 2022.

[Photo : Marche Myélome Multiple Rive-Sud – septembre 2023]
En 2024, j’ai aussi été approchée par l’Hôpital Charles-Le Moyne afin de devenir patiente partenaire. J’ai collaboré à la rédaction des documents d’information destinés aux patients qui allaient recevoir une greffe autologue de cellules souches. Depuis juillet dernier, je fais aussi partie du Réseau d’ambassadeurs de Myélome Canada afin de contribuer à l’avancement de la mission de l’organisme en participant à des activités de sensibilisation, en établissant des liens et en favorisant l’engagement communautaire.
Malgré les épreuves reliées au myélome, je suis très reconnaissante envers les avancées qui ont été faites en recherche sur cette maladie. Être diagnostiquée d’un myélome a été un grand choc et le fait qu’il ait été en dormance pendant plus de 7 ans a fait en sorte que je ne me sentais pas malade. Au cours de ces années, j’ai pu avoir une vie normale avec ma famille, tout en poursuivant ma carrière d’enseignante. De plus, pendant ce temps, la recherche a permis de trouver de nouveaux traitements novateurs visant à prolonger et à améliorer la qualité de vie des patients, ce qui est porteur d’espoir. Ne dit-on pas : « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir »?
De nature déterminée, positive et proactive, je suis optimiste envers l’avenir. Au cours des quatre dernières années, j’ai développé ma résilience et ma gratitude. J’ai la chance d’avoir le soutien de Sébastien, mon extraordinaire conjoint, de mes fils Nathaniel et Florent, de ma famille, de mes amis et d’une équipe de soins fantastique. J’ai espoir que les avancées de la recherche vont me permettre de continuer à avoir une belle et longue qualité de vie jusqu’à ce que l’on trouve enfin une cure.

[Photo : Marche Myélome Multiple Rive-Sud à Sainte-Julie – septembre 2024]
À ce jour, je suis toujours en rémission complète, mais je suis consciente qu’éventuellement le myélome fera un retour et que je devrai me retrousser les manches à nouveau. D’ici là, j’essaie de profiter pleinement de la vie et de faire le plein de beauté et de bonheur. Au quotidien, j’écoute mon corps sans m’apitoyer sur mon sort et j’essaie de repousser mes limites. Je vis en étant consciente que je ne sais pas ce qui m’attend dans le détour, mais j’ai choisi d’aller vers l’avant et de relever le défi. Rêver, avoir des projets (petits ou grands), voyager, passer des moments agréables avec mon amoureux, mes enfants et mes amis, c’est ce qui rend la vie si belle, si précieuse et j’essaie d’en profiter au maximum!
Lyzane


