23 juillet 2026
Jasmine Way
Pour mon père : comment Jasmine a rassemblé la communauté du myélome à Corner Brook
Myélome Canada : Pour commencer, pouvez-vous nous parler un peu de vous?
Jasmine Way : Je m’appelle Jasmine. J’ai 19 ans et je viens de Corner Brook, à Terre-Neuve. J’ai une jeune sœur, Jade, et je vis avec ma mère, Lynn. J’entre en deuxième année en sciences de la santé à l’Université Queen’s et j’espère poursuivre des études en médecine par la suite. J’adore passer du temps au chalet pendant l’été, partir à la chasse à l’automne et faire du ski en hiver.
Myélome Canada : Pouvez-vous nous parler un peu de votre père?
Jasmine Way : Mon père, Monty, était un homme extraordinaire. Il était toujours prêt à aider les autres, peu importe les circonstances. Il a reçu un diagnostic de myélome multiple en 2018, à seulement 47 ans. Il s’est battu contre la maladie pendant cinq ans, jusqu’à son décès en février 2023, à l’âge de 52 ans. Mon père n’a jamais laissé le cancer le ralentir. Il était toujours en train de travailler sur un projet ou de m’emmener, avec ma sœur, faire des promenades en bateau ou en véhicule côte-à-côte. Il m’a appris à être forte et à ne jamais abandonner. C’était un véritable battant, et j’admirerai toujours son courage et sa persévérance.
Myélome Canada : Avant que votre père reçoive son diagnostic, à quoi ressemblait votre vie de famille?
Jasmine Way : Notre famille est très active et aime profiter de la vie. Nous passions beaucoup de temps ensemble à notre chalet et à notre roulotte, où nous faisions toutes sortes d’activités de plein air.

[Photo: Jasmine Way, son père, Monty, et sa soeur.]
En fait, je n’ai appris que mon père avait un cancer qu’en août 2022. Avant cela, et même pendant une grande partie de sa maladie, ma sœur et moi ne remarquions pas vraiment de différence dans notre quotidien. Nous ne savions tout simplement pas ce qui se passait.
Myélome Canada : Quel âge aviez-vous lorsque vous l’avez appris?
Jasmine Way : J’avais 15 ans. À Terre-Neuve, l’école secondaire commence en 10e année, donc j’étais tout juste en train de commencer le secondaire lorsque mes parents me l’ont annoncé. C’était beaucoup à gérer d’un seul coup.
Myélome Canada : Avant le diagnostic de votre père, aviez-vous déjà entendu parler du myélome?
Jasmine Way : Non, je n’avais aucune idée de ce qu’était le myélome. On en parle beaucoup moins que de la leucémie, un mot qu’on entend beaucoup plus souvent. Et comme nous vivions dans une petite ville, ce n’était pas un sujet dont les gens de l’âge de mon père, ou la communauté qui nous entourait, parlaient. Il y avait tout simplement très peu de sensibilisation à ce type de cancer là où nous vivions.
Myélome Canada : Comment avez-vous réagi lorsque vous avez appris le diagnostic de votre père?
Jasmine Way : Ça a été un énorme choc. Mon père vivait avec cette maladie depuis cinq ans et je venais tout juste de l’apprendre. Les premières semaines, et même les premiers mois, ont été très difficiles pour notre famille. Sa santé commençait aussi à se détériorer à ce moment-là, ce qui explique en partie pourquoi mes parents ont décidé de nous en parler.

[Photo : Jasmine Way et sa famille : mère, père et soeur.]
J’étais bien entourée par ma famille et mes amis proches, mais je devais aussi accepter le fait que tout le monde le savait depuis des années. Au début, j’étais un peu fâchée, parce que j’avais l’impression qu’on m’avait caché quelque chose.
Aujourd’hui, je comprends mieux pourquoi ils ont fait ce choix. Mon père voulait simplement qu’on puisse profiter de ces dernières années en famille sans avoir ce poids sur les épaules.
Myélome Canada : Pouvez-vous nous parler davantage de votre réseau de soutien?
Jasmine Way : Ma famille est très unie. Mes grands-parents, mes tantes, mes oncles… nous sommes tous très proches. Nous organisons souvent des soupers en famille et des rassemblements, et nous passons beaucoup de temps au chalet ensemble. Cette proximité a été très importante depuis le décès de mon père. J’ai aussi de très bons amis sur qui je peux toujours compter. Il y a toujours quelqu’un pour m’écouter quand j’ai besoin de parler.
Quand je suis arrivée à l’Université Queen’s, je connaissais mes nouveaux amis depuis à peine une semaine lorsque j’ai appris que la Marche de Kingston allait avoir lieu. Je leur ai simplement expliqué ce que je faisais et je leur ai demandé si certains voulaient venir. Ils sont tous venus.
Myélome Canada : Qu’avez-vous fait pour prendre soin de vous pendant cette période?
Jasmine Way : Je suis restée active et j’ai continué à faire ce que j’aimais. Mon père disait toujours qu’il ne voulait pas qu’on reste à la maison à être tristes. Il voulait qu’on continue à faire ce qu’on aimait, à voir nos amis et à vivre notre vie. Les activités parascolaires et le temps passé en plein air ont été vraiment importants pendant cette période. Ça m’aidait à penser à autre chose.
Myélome Canada : Comment avez-vous découvert Myélome Canada?
Jasmine Way : J’étais assise à la table de la cuisine avec ma mère lorsqu’elle m’a dit que ma tante, qui habite à Halifax, avait participé à une marche en l’honneur des personnes atteintes du même cancer que mon père. Je ne savais même pas qu’un événement comme celui-là existait. J’ai trouvé une adresse courriel et j’ai dit à ma mère que j’allais organiser une Marche à Corner Brook. Elle m’a répondu : « Tu vas faire quoi? Tu te rends compte de tout le travail que ça représente? » Et je lui ai dit : « Je veux le faire. » J’ai envoyé un courriel, et c’est comme ça que tout a commencé.
Myélome Canada : C’était il y a combien de temps?
Jasmine Way : Il y a deux ans. Cette année, nous en serons à notre troisième Marche.
Myélome Canada : Comment avez-vous organisé la première Marche?
Jasmine Way : J’ai commencé en juin, ce qui était un peu tard. Les premières semaines ont donc surtout servi à trouver un endroit, à recruter des bénévoles et à organiser toute la logistique de la journée. Ensuite, j’ai imprimé des lettres de demande de commandite et je suis allée rencontrer les entreprises locales. J’ai fait la promotion de la Marche sur les médias sociaux, puis à la radio locale. La deuxième année, j’ai aussi accordé une entrevue à NTV News. Après ça, les commandites et les dons ont commencé à arriver, puis il ne restait plus qu’à tout mettre en place pour le jour de la Marche. Ça a été quelques mois bien remplis.
Myélome Canada : À quoi ressemblait la première Marche de Corner Brook, le jour de l’événement?
Jasmine Way : Ça a dépassé toutes mes attentes. Plus de 50 personnes ont participé à la Marche et nous avons recueilli près de 14 000 $, ce qui était incroyable pour une première édition. Il y a eu quelques petits imprévus que j’ai dû gérer sur le moment, mais dans l’ensemble, ça a été un immense succès.

[Photo : La Marche de Corner Brook, 2025.]
L’an dernier, nous avons amassé près de 20 000 $, ce qui me semble encore incroyable pour une petite communauté. Plus de 60 personnes étaient présentes. Chaque année, la Marche prend de l’ampleur.
Myélome Canada : Quel est votre principal objectif avec la Marche?
Jasmine Way : Ce n’est vraiment pas une question d’argent. Bien sûr, les fonds recueillis sont importants et servent à soutenir de belles initiatives. Mais mon véritable objectif, c’est surtout de rassembler la communauté et de faire en sorte que les gens se sentent vus et qu’ils sachent qu’ils ont quelqu’un vers qui se tourner. Le jour de la Marche, tout le monde échange, discute et partage son histoire : des proches aidants, des personnes vivant avec le myélome, des personnes en rémission ou encore en traitement. Même avant la Marche, quand les affiches sont installées un peu partout en ville ou que quelqu’un me contacte et que je peux lui dire : « Il y a justement un groupe de soutien à Corner Brook, regarde ça », je trouve que ça fait une différence.

[Photo : Jasmine et son père.]
Si je peux faire en sorte qu’une seule personne sente qu’elle a un groupe de gens sur qui s’appuyer, c’est tout ce que je souhaite. Mon père n’avait pas ça. Il ne connaissait personne de son âge dans la communauté qui vivait la même chose. C’est vraiment pour ça que je fais tout ça.
Myélome Canada : Que diriez-vous à une personne qui voudrait organiser une Marche pour la première fois?
Jasmine Way : Je lui dirais de se lancer, sans hésiter. Ça en vaut vraiment la peine. Au final, ce n’est pas aussi intimidant que ça peut en avoir l’air. Il y a beaucoup de travail, c’est vrai, mais c’est tellement gratifiant. Chaque conversation, chaque personne qu’on rencontre nous touche profondément.
Myélome Canada : Y a-t-il autre chose que vous aimeriez partager au sujet de votre expérience?
Jasmine Way : Il y a un moment de la première année que je n’oublierai jamais. J’ai parlé avec un homme qui vivait avec le myélome depuis déjà un bon moment. Il est venu me voir les larmes aux yeux et m’a dit : « Merci infiniment. Vous ne pouvez pas savoir à quel point vous avez illuminé ma journée… même toute ma semaine, en réunissant toutes ces personnes ici. » Malheureusement, il est décédé l’an dernier, mais sa famille continue de participer à la Marche chaque année. Il m’a demandé s’il pouvait me prendre dans ses bras et je lui ai répondu : « Bien sûr. » Je n’oublierai jamais ce moment.
Myélome Canada : Qu’est-ce qui vous motive à continuer?
Jasmine Way : Ma famille et moi devons continuer d’avancer, même si ce n’est pas toujours facile de faire des choses qu’on faisait avant avec mon père. Je pense que c’est important de continuer à profiter de la vie et de garder tous ces souvenirs avec nous. Participer à la Marche chaque année me rappelle à quel point je suis reconnaissante. Raconter l’histoire de mon père, ou simplement transmettre ce qu’il m’a appris, me donne l’impression de devenir une meilleure personne. Je sais qu’il serait fier de moi.
Myélome Canada : Quel message aimeriez-vous transmettre aux proches d’une personne vivant avec le myélome?
Jasmine Way : Créez des souvenirs ensemble. S’il y a une chose que mon père m’a apprise, c’est de vivre chaque journée comme si c’était la dernière. Ne tenez rien pour acquis. Dites à vos proches que vous les aimez, chaque jour, parce qu’on ne sait jamais quand ce sera la dernière fois qu’on pourra le leur dire. C’est ça qui compte le plus.