26 octobre 2026
Myélome Canada au congrès annuel 2026 de l’International Myeloma Society : les faits saillants
Chaque année, des chercheurs de renom et des défenseurs des droits des personnes touchées par le myélome du monde entier se réunissent à l’occasion du congrès annuel de l’International Myeloma Society (IMS). Cette année, le congrès, qui s’est tenu à Glasgow, a accueilli plus de 30 chercheurs canadiens. Nous étions fiers de voir la communauté scientifique canadienne aussi bien représentée.
Martine Elias, présidente-directrice générale de Myélome Canada, Michelle Oana, directrice principale de mission, et Gabriele Colasurdo, directeur de science et recherche, ont tous trois participé au congrès. Ils nous présentent ci-dessous les principaux constats qu’ils ont tirés du congrès de l’IMS 2026.
Les points à retenir selon Martine Elias
La stabilisation des courbes de survie donne aux patients et aux chercheurs un nouvel espoir de rémission durable sans traitement
L’une des avancées les plus encourageantes présentées lors du congrès de l’IMS est la tendance des courbes de survie sans progression et de survie globale à se stabiliser avec certains nouveaux traitements, particulièrement les thérapies cellulaires CAR-T. La courbe de survie sans progression représente la proportion de patients qui sont toujours en vie et dont le myélome n’a pas progressé, tandis que la courbe de survie globale représente la proportion de patients toujours en vie au fil du temps. Historiquement, ces courbes ont continué de diminuer chez les personnes vivant avec un myélome, à mesure qu’un nombre croissant de patients connaissaient une rechute ou décédaient.
Lorsqu’une courbe commence à se stabiliser, cela signifie qu’on observe moins de nouvelles rechutes ou de décès parmi les patients ayant atteint cette étape du suivi. Cette tendance ouvre la voie à une possibilité très encourageante : certaines personnes pourraient connaître des rémissions exceptionnellement longues et peut-être même ne jamais subir de rechute. Par exemple, les données à long terme sur les thérapies cellulaires CAR-T montrent que certains patients ayant déjà reçu de nombreux traitements sont toujours en vie, sans progression de la maladie, cinq ans ou plus après une seule perfusion, et ce, sans traitement d’entretien. Ce type de rémission durable sans traitement est l’une des raisons pour lesquelles les experts peuvent désormais envisager sérieusement la possibilité d’une guérison.
Toutefois, la stabilisation d’une courbe ne constitue pas en soi une preuve de guérison. Le nombre de patients faisant l’objet d’un suivi diminue au fil du temps, et une période d’observation plus longue est nécessaire pour confirmer que la courbe demeure stable. La survie globale peut également être influencée par les traitements que les patients reçoivent après une rechute.
Néanmoins, le fait que ces courbes commencent à se stabiliser représente un changement important dans le traitement du myélome. L’objectif n’est plus seulement de retarder la prochaine rechute, mais aussi de déterminer quels traitements peuvent permettre à quels patients d’obtenir une rémission profonde et durable, sans traitement.
Pour en savoir plus, consultez l’article de l’IMS (en anglais) : « Global Myeloma Experts Define Cure for a Disease Long Considered Incurable ».
Les traitements actuels pourraient-ils permettre à certaines personnes vivant avec un myélome d’avoir une espérance de vie normale après seulement une ou deux lignes de traitement?
Un autre message porteur d’espoir ressorti du congrès de l’IMS est que de nombreuses personnes qui reçoivent aujourd’hui un diagnostic de myélome pourraient n’avoir besoin que d’une ou deux lignes de traitement au cours de leur vie. Une « ligne de traitement » désigne un plan de traitement suivi jusqu’à ce qu’il soit terminé, interrompu ou remplacé, et non simplement un médicament ou un cycle de traitement. Aujourd’hui, les combinaisons de médicaments utilisées en première ligne peuvent entraîner des rémissions beaucoup plus profondes et durables. De leur côté, les nouveaux traitements disponibles dès la première rechute, notamment les thérapies cellulaires CAR-T, les anticorps bispécifiques et les conjugués anticorps-médicaments, pourraient permettre de maîtriser la maladie pendant plusieurs années supplémentaires.
Si le premier traitement permet de maîtriser le myélome pendant de nombreuses années et que le deuxième entraîne une autre rémission prolongée, certains patients, particulièrement ceux dont la maladie présente un risque standard, pourraient ne jamais avoir besoin d’une troisième ligne de traitement. Les experts commencent donc à envisager un avenir où l’espérance de vie d’une personne ne serait plus principalement déterminée par le myélome. Autrement dit, sa courbe de survie pourrait se rapprocher de celle des personnes en bonne santé du même âge dans la population générale. D’autres problèmes de santé liés au vieillissement seraient alors plus susceptibles que le myélome de déterminer sa durée de vie.
Il s’agit d’une perspective encourageante, mais rien ne garantit encore qu’elle se concrétisera pour toutes les personnes qui reçoivent un diagnostic aujourd’hui. Les résultats varient selon l’âge, l’état de santé général, les caractéristiques biologiques de la maladie, la réponse au traitement et l’accès aux nouvelles thérapies. Les personnes vivant avec un myélome à haut risque continuent également de faire face à des défis plus importants. Néanmoins, le fait que les experts envisagent désormais une espérance de vie normale après seulement une ou deux lignes de traitement témoigne des progrès considérables réalisés dans le domaine du myélome. Cela souligne l’importance de garantir aux patients canadiens un accès rapide et équitable aux traitements qui rendent cet avenir possible. Découvrez le point de vue du Dr Luciano Costa à l’occasion du congrès de l’IMS 2026 (en anglais).
De nouvelles approches qui pourraient simplifier les traitements
L’une des découvertes les plus encourageantes pour moi a été l’iberdomide, un médicament appartenant à une nouvelle classe de médicaments administrés par voie orale, appelés CELMoD. Ce traitement est conçu pour agir de manière plus puissante et plus ciblée que les médicaments plus anciens de la famille des immunomodulateurs, comme le lénalidomide et la pomalidomide.
Parmi les patients ayant reçu de l’iberdomide en combinaison avec le daratumumab et la dexaméthasone, 41,1 % ont obtenu une réponse complète, sans qu’aucune trace de myélome soit détectée à l’aide d’un test à haute sensibilité. Comme l’iberdomide est administré par voie orale, il est également plus facile à prendre. Les réponses profondes observées avec ce traitement, plus pratique à administrer, sont donc très prometteuses.
Les principaux constats de Michelle Oana
La greffe sera-t-elle toujours nécessaire?
Depuis plus de 30 ans, l’autogreffe de cellules souches fait partie du traitement standard pour de nombreuses personnes ayant récemment reçu un diagnostic de myélome. Toutefois, compte tenu du nombre impressionnant de nouveaux traitements hautement efficaces désormais disponibles, les chercheurs se posent enfin une question importante : la greffe est-elle encore nécessaire pour tous les patients?
Plusieurs études cherchent maintenant à déterminer si certains patients peuvent obtenir des résultats équivalents, voire meilleurs, grâce aux nouveaux traitements et aux nouvelles combinaisons de médicaments, sans avoir à subir une greffe.
Il s’agit d’un changement majeur. Nous parlons ici de remettre en question une approche qui fait partie du traitement du myélome chez les patients nouvellement diagnostiqués depuis des décennies. Les premiers résultats sont prometteurs, mais il est encore trop tôt pour savoir ce que cela signifiera réellement pour les patients. Il faudra attendre que les études soient plus avancées et disposer de résultats à plus long terme. Néanmoins, le simple fait que cette question fasse enfin l’objet d’études approfondies constitue en soi une avancée majeure.
Moins de dexaméthasone, voire aucune. Moins de traitements. Moins de déplacements à l’hôpital.
Un autre thème qui a particulièrement retenu mon attention est le nombre croissant de traitements et d’essais cliniques qui explorent des approches sans dexaméthasone. La dexaméthasone joue un rôle important dans le traitement du myélome depuis des décennies, mais elle peut également entraîner des effets secondaires importants, notamment une augmentation de la glycémie, une prise de poids, des troubles du sommeil et des changements d’humeur. Les chercheurs cherchent de plus en plus à déterminer s’il est possible d’obtenir d’excellents résultats tout en réduisant son utilisation, voire en l’éliminant complètement.
Nous voyons également émerger de nouvelles approches qui pourraient simplifier considérablement les traitements. Par exemple, l’étentamig, un nouvel anticorps bispécifique actuellement à l’étude dans le cadre d’essais cliniques, est évalué en monothérapie, à raison d’une administration par mois dès le début du traitement. Les premiers résultats sont encourageants, et certaines de ces nouvelles approches donnent des résultats qui se comparent avantageusement à ceux de combinaisons de traitements plus complexes, tout en nécessitant moins de visites à l’hôpital pour recevoir les traitements et en entraînant moins d’effets secondaires.
Ce que Gabriele Colasurdo retient du congrès
De nouvelles options de traitement en cas de rechute
La possibilité d’une guérison occupe une place de plus en plus importante dans les discussions sur le myélome, tant au congrès de l’IMS qu’ailleurs. Alors qu’un nombre croissant de personnes connaissent des rémissions prolongées, l’espoir est qu’une proportion de plus en plus grande de patients puisse un jour vivre sans myélome et sans traitement. Pour les patients, cela ouvre de nouvelles perspectives. La rechute pourrait de plus en plus devenir une possibilité plutôt qu’une éventualité inévitable.
Toutefois, les progrès doivent bénéficier à un plus grand nombre de patients, y compris à ceux qui ne connaissent pas des rémissions aussi longues. C’est notamment le cas des personnes vivant avec un myélome à haut risque. Même si elles peuvent obtenir une réponse initiale profonde au traitement, la maladie peut réapparaître plus rapidement et demeurer plus difficile à maîtriser. Il est donc essentiel de continuer à développer de meilleures options de traitement pour ces patients.
C’est pourquoi les avancées sont si encourageantes. Les thérapies cellulaires CAR-T, les anticorps bispécifiques, les conjugués anticorps-médicaments et les CELMoD offrent de nouvelles possibilités en cas de rechute. Certains traitements ciblent d’autres protéines que le BCMA, notamment le GPRC5D et le FcRH5, bien que certaines de ces approches soient encore à l’étude. Les chercheurs tentent de déterminer comment utiliser au mieux ces différentes options pour reprendre le contrôle de la maladie et prolonger la rémission.
La prochaine génération de traitements commence également à prendre forme. Les anticorps trispécifiques et les thérapies cellulaires CAR-T à double cible, actuellement à l’étude, sont conçus pour reconnaître plus d’une cible à la surface des cellules du myélome, ce qui pourrait rendre plus difficile pour la maladie d’échapper au traitement. Les chercheurs travaillent également à mettre au point des thérapies cellulaires CAR-T in vivo, qui permettent de modifier les cellules immunitaires directement dans l’organisme. Ces approches demeurent expérimentales, et davantage de données sont nécessaires pour évaluer leur innocuité et leurs bienfaits à long terme.
Dans cette nouvelle ère, les progrès signifient également des traitements plus faciles à intégrer au quotidien. Moins de doses, moins de séjours à l’hôpital et moins de déplacements vers un centre de traitement permettent de consacrer davantage de temps à sa famille, à son travail et aux activités de la vie quotidienne. Il sera essentiel d’améliorer l’accès à ces traitements afin que l’espoir d’une guérison et la possibilité de bénéficier de meilleures options en cas de rechute deviennent des perspectives concrètes pour un plus grand nombre de personnes.