26 octobre 2026
Définir la guérison du myélome multiple
Depuis sa première description en 1844, le myélome multiple est généralement considéré comme une maladie incurable. Aujourd’hui, pour la première fois, l’International Myeloma Society (IMS) et l’International Myeloma Working Group (IMWG) proposent une définition consensuelle de ce que signifie la guérison du myélome. Le Dr Nikhil Munshi a présenté cette définition le 23 septembre 2026, lors du congrès annuel de l’IMS à Glasgow : une rémission durable, sans traitement, si profonde et prolongée que le myélome ne peut plus être détecté, même à l’aide de tests à haute sensibilité. Cette définition repose essentiellement sur des critères cliniques et ne reflète pas nécessairement le vécu des patients, mais elle ouvre des perspectives encourageantes pour l’avenir des soins du myélome.
Pourquoi définir la guérison maintenant?
Cette question suscite un intérêt croissant dans le milieu de la recherche en raison de l’amélioration constante de la survie au cours des vingt dernières années. Au Canada, la survie nette à cinq ans des personnes atteintes d’un myélome est passée de 27 % chez celles ayant reçu un diagnostic entre 1992 et 1994 à 54 % chez celles ayant reçu un diagnostic entre 2019 et 2021¹. Les réponses aux traitements sont également devenues plus profondes et durent plus longtemps. L’étude CARTITUDE-1 en est un bon exemple : parmi les 97 patients ayant déjà reçu de nombreux traitements, 32 étaient toujours en vie et ne présentaient aucune progression de la maladie au moins cinq ans après avoir reçu une seule perfusion de cilta-cel, une thérapie cellulaire CAR-T, sans traitement d’entretien 2,3. Un autre exemple est l’étude CARTITUDE-2, cohorte A, qui a évalué le cilta-cel à un stade plus précoce du parcours thérapeutique, après une à trois lignes de traitement. Dans cette étude, 10 des 20 patients étaient toujours en vie et ne présentaient aucune progression de la maladie après au moins cinq ans, sans avoir reçu d’autre traitement contre le myélome⁴. Comme l’a souligné le Dr Munshi, « la profondeur et la durée des réponses aux traitements permettent désormais de mesurer la guérison, plutôt que de simplement l’espérer »⁵. Grâce aux progrès continus, notamment au développement de nouvelles thérapies et à l’utilisation plus précoce de traitements efficaces, on s’attend à ce que le nombre de personnes dont la maladie demeure aussi longtemps sous contrôle augmente au fil du temps. La recherche sur le myélome progresse plus rapidement que jamais, ouvrant la voie à des résultats toujours plus encourageants et à de nouveaux espoirs pour les personnes touchées par la maladie.
Quels sont les critères pour évaluer la guérison?
Selon la définition proposée, un patient ayant reçu un diagnostic de myélome ou présentant une rechute pourrait être considéré comme guéri après cinq années de rémission complète, sans aucun traitement contre le myélome. Cette période de cinq ans commence à la date d’arrêt du traitement. Ainsi, les périodes sans signe de la maladie pendant lesquelles le patient reçoit encore un traitement ne sont pas prises en compte dans l’évaluation de la guérison. Au cours de ces cinq années, trois conditions doivent être remplies³ :
- Au moins quatre tests de dépistage de la maladie résiduelle minimale (MRM) doivent être négatifs. Un résultat négatif signifie qu’aucune cellule de myélome n’a été détectée au seuil de sensibilité du test utilisé. L’un de ces tests doit être effectué à la fin de la période de cinq ans, et aucun des tests réalisés entre-temps ne doit être positif.
- Les tests de dépistage de la MRM doivent être extrêmement sensibles. Plusieurs types de tests de dépistage de la MRM sont actuellement disponibles ou en cours de développement. Pour répondre aux critères de la définition de la guérison, ces tests doivent pouvoir détecter une seule cellule de myélome parmi un million de cellules (soit 10⁻⁶), au moyen du séquençage de nouvelle génération ou de la cytométrie en flux de nouvelle génération.
- Les examens d’imagerie avancée ne doivent révéler aucun signe de la maladie. Une tomographie par émission de positons/tomodensitométrie (TEP-TDM) ou une imagerie de diffusion par résonance magnétique (RM) du corps entier doit confirmer l’absence de maladie au début et à la fin de la période de cinq ans. Tout examen supplémentaire effectué entre-temps ne doit révéler aucun signe de la maladie.
Le critère de l’absence de traitement est essentiel, car il permet de distinguer une véritable guérison d’une maladie qui demeure maîtrisée grâce à la prise continue de médicaments. La période de cinq ans a été retenue parce que les données sur le myélome montrent que le risque de rechute diminue considérablement après ce délai. Cette tendance est également observée dans d’autres cancers, comme le lymphome de Hodgkin et le cancer du testicule³.
Dans la pratique clinique, les tests de dépistage de la MRM ne sont pas encore accessibles ni appropriés pour tous les patients. Les décisions concernant les tests et les traitements doivent donc toujours être adaptées à la situation de chaque personne, en collaboration avec son équipe de soins. Il est important de souligner que le fait de ne pas répondre aux critères de la définition proposée de la guérison ne signifie pas que le traitement a échoué ou qu’une rémission à long terme est impossible.
Quelles sont les prochaines étapes?
Pour la première fois, les patients et les professionnels de la santé disposent d’une définition claire de la guérison, fondée sur des critères mesurables. Toutefois, pour confirmer une guérison, il faut avoir recours à des tests de dépistage de la maladie résiduelle minimale extrêmement sensibles et à des examens d’imagerie avancée, qui ne sont pas encore systématiquement accessibles partout au Canada⁶. La prochaine étape consiste à améliorer l’accès à ces tests ainsi qu’aux traitements efficaces permettant d’obtenir des rémissions profondes et durables. La bonne nouvelle, c’est que les tests de dépistage de la MRM et les traitements évoluent rapidement³. Les patients peuvent contribuer à ces progrès en discutant avec leur équipe de soins de ces tests et de ce que cela signifie pour leur traitement. Plus encourageant encore, le myélome, autrefois considéré comme une maladie qu’on pouvait seulement maîtriser, est désormais, comme l’a souligné le Dr Munshi dans ses remarques finales, « un cancer guérissable » pour certaines personnes⁵.
Références
- Statistique Canada. Statistiques sur la survie au cancer, 1992 à 2021. Le Quotidien; 13 août 2025. Disponible sur : https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/250813/dq250813a-fra.htm.
- Jagannath S, Martin TG, Lin Y, et coll. Long-term (≥5-year) remission and survival after treatment with ciltacabtagene autoleucel in CARTITUDE-1 patients with relapsed/refractory multiple myeloma. J Clin Oncol; 2025;43(25):2766–2771. Disponible sur : https://doi.org/10.1200/JCO-25-00760. (en anglais seulement)
- International Myeloma Society. Global myeloma experts define cure for a disease long considered incurable [communiqué de presse]. 23 septembre 2026. Disponible sur : https://www.myelomasociety.org/ims-news-room/myeloma-cure/. (en anglais seulement)
- Cohen AD, Mateos MV, Cohen Y, et coll. Long-term (≥5-year) remission and survival with ciltacabtagene autoleucel in relapsed/refractory multiple myeloma with 1-3 prior lines of therapy: CARTITUDE-2 Cohort A. Affiche no PA-288. Présentée lors du 23e congrès annuel de l’International Myeloma Society, du 23 au 26 septembre 2026, à Glasgow, en Écosse.
- Munshi NC. IMS/IMWG Consensus Update. Présentation donnée lors du 23e congrès annuel de l’International Myeloma Society, du 23 au 26 septembre 2026, à Glasgow, en Écosse.
- Mian HS, Visram A, Shih SC-M, et coll. Minimal residual disease testing infrastructure in multiple myeloma: guidance for clinical trial and routine practice use in Canada. Clin Lymphoma Myeloma Leuk. 2025;25(6):e404–e410. Disponible sur : https://doi.org/10.1016/j.clml.2025.01.010. (en anglais seulement)